Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 03 juillet 2006

Rideau

© Jacques Deslandes - texte déposé à la sacem

Imagine que la vie soit comme une pièce de théâtre,
9 mois plus tôt, on frappe les 3 coups.
Et 9 mois plus tard ...
 


Pour ce tout petit frère

Que le hasard nous donne

Qui déchire sa mère

Au premier cri de l’homme

Rideau !

Pour cet étrange nain

Qui t’éveille la nuit

Et qui serre les poings

Et s’accroche à la vie

Rideau !

Pour ce curieux démon

Qui fréquente les fées

Et fait de ta maison

La maison d’un sorcier

Rideau ! Rideau ! Rideau ! 


Pour ce poète-roi

Qui invente des mots

En effaçant du doigt

La buée des carreaux

Rideau !

Pour cet adolescent

Qui rêve à la ronde

Qu’un jour il sera grand

Et refera le monde

Rideau !

Pour cette fille qui sourit

Sans préméditation

Et jette l’incendie

Dans le corps du garçon

Rideau ! Rideau ! Rideau ! 


Pour son premier baiser

Obtenu au chantage

Quand deux mains affolées

Dansent sur un corsage

Rideau !

Pour le premier matin

Qu’il se réveille deux

Pour le premier matin

Qu’on l’appelle «Monsieur»

Rideau !

Et pour la grande fête

Des jours renouvelés

Pour la joie satisfaite

De s’être mérités

Rideau ! Rideau ! Rideau ! 


Sur le flux des années

Qui passent et le bousculent

Et qui vont l’entraîner

Jusqu’à son crépuscule

Rideau !

Sur le fuite des jours

Qui tarit ses ivresses

Et tricote à l’amour

Son châle de tendresse

Rideau !

Sur la grève où soudain

Il se sent échoué

Avec au creux des reins

La rouille des années

Rideau ! Rideau ! Rideau ! 


Sur ce froid qui le glace

Et lui siffle la nuit

«Dieu comme le temps passe

Et comme tu as vieilli»

Rideau !

Sur cette main qui tremble

Quand il veut caresser

Ce gosse qui lui ressemble

Et l’appelle «Pépé»

Rideau !

Sur cette voix qui lui crie

Je ne veux pas mourir

On ne m’a pas tout dit

Je veux encore vieillir

Rideau ! Rideau ! Rideau !


Sur ce carré de terre

Où s’arrête le temps

Le temps d’une prière

Et d’un Saint-Sacrement

Rideau !

Sur ce carré de terre

Où sa vie n’est plus rien

Qu’une étrange chimère

Enfouie dans son écrin

Rideau !

Sur ce carré de terre

Homme où tu n’es plus rien

Qu’un nom sur une pierre

Qui nous dit « A demain »

Rideau ! Rideau ! Rideau !   

Écrire un commentaire